Depuis quinze ans, Nicole et Daniel PICQ appliquent dans mon service une méthodologie de musicothérapie, baptisée Chansonâge avec justesse.
Il s’agit, compte tenu des origines sociales et de l’âge du patient présentant des troubles graves des fonctions supérieures, de provoquer une émotion, un déclic, en évoquant la chanson, celle qu’il entendait quand il avait vingt ans, dans la ville ou la banlieue où il vivait.
On ne chante pas la même chose en 1930 à Neuilly, qu’à Montreuil en 1940.
Et quand ce malade, dans la dévastation de sa mémoire immédiate et de ses possibilités d’analyse, écoute cette vielle chanson, celle de ses premières émotions, lui, celui qui ne parle plus, il chante, il retrouve les mots et les paroles, il reprend en coeur, il pleure, il peut enfin communiquer quelque chose.
On commence, dans les revues scientifiques, à prendre sérieusement en compte les communications non verbales avec les déments ; les gestes, les sourires… Tout en réalité passe avec eux par l’émotion, par les lobes frontaux épargnés par la maladie.
La musique, les mélodies nous enveloppent en permanence, font partie de la vie, de la joie et de la douleur. Et plus que de simples mélodies, ces chants populaires ressassés à quinze ans et gravés jusqu’à plus de quatre-vingts ans dans les endroits du cerveau qui ne sont pas concernés par la mémorisation, sont des facteurs de bonheur et d’apaisement.
Depuis toujours, je cherche les moyens de calmer la douleur morale autrement que par les psychotropes. Cette musicothérapie est une solution.
Alec BIZIEN
Professeur au Collège de Médecine des Hôpitaux de Paris
Chef du service de médecine interne gériatrique de l’Hôpital Georges Clemenceau
(Assistance Publique-Hôpitaux de paris)
Professeur Bizien, Nicole Picq, Patrick Vasori et Daniel Picq
Crédit photo : ©Lionel Antoni
Chansonages : Outils musico-thérapeutiques d'aide à la conservation de la mémoire